galerie octObre art contemporain

Time is Love.5 [show 6]

, 15:24pm

 

Curateur: Kisito Assangni

 

24 Mars 2012

 

14 h - 20 h

 

http://timeisloveshow.blogspot.com

 

 

Avec

Adamo Macri (Canada) | Alicja Rogalska (Pologne) | Alysse Stepanian (Iran) | Charlotte Merino (France) | ELASTIC Group (Italie) | Fernando Velasquez (Brésil) | Glenn Church (Angleterre) | Grace Kim (USA) | Hermelinde Hergenhahn (Pays-Bas) | Hervé Penhoat (France) | Irina Gabiani (Luxembourg) | Isidora Ficovic (Serbie) | Kokou Ekouagou (Togo) | Larry Caveney & Liz Benrey (USA) | Laurent Fiévet (France) | Masha Yozefpolsky (Israel) | Michael Chang (Danemark) | Michael Douglas Hawk (Allemagne) | Nadiah Shazana (USA) | Neven Allanic (France) | Nina Backman (Finlande) | Pier Giorgio de Pinto (Suisse) | Saliou Traoré (Burkina Faso) | Samba Fall (Senegal) | Simone Stoll (Allemagne) | Tristan Mory (France) | Ulf Kristiansen (Norvege) | Wai Kit Lam (Hong Kong) | William Esdale (Angleterre) | Xavier Gautier (France) 

 

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La nouvelle édition de Time is Love est basée sur les difficultés éprouvées par les terriens à aimer. Simplement aimer. Etre en relation avec l’Autre n’est pas une chose aisée actuellement. Nous assistons à un repli des individualités, une solidarité évanouie et un désintérêt flagrant pour l’Autre. L’amour est un thème universel, à la portée de chacun. Il s’accompagne des plus grandes souffrances humaines : le rejet, la solitude, le mal être, la vengeance, la trahison, la déception, la honte. Les sentiments amoureux recouvrent le désert de nos plus grands maux comme de nos plus belles joies. C’est sur le fil de cette ambivalence épineuse que les vingt-six artistes sélectionnés se risquent. Ils nous livrent sans concession un éventail de complexités, d’amertumes et de passions généré par les rapports humains.

 

La sélection opérée par Kisito Assangni (artiste et commissaire) fait état de souffrances multiples, de déchirements et d’impossibilités de rapprochement. Les corps présentés sont au centre de ces tiraillements individuels et collectifs. Ils en sont les vecteurs principaux transmettant les notions de passion dévorante, de nostalgie et de langueur sensuelle.

 

Chacun des artistes mène une pratique interdisciplinaire apportant un questionnement et une critique sur un système de relation à autrui qui nous apparaît comme étant en voie de disparition. Des rapports difficiles, complexes, qui s’évanouissent progressivement au profit d’intérêts personnels, économiques et triviaux. Chacun des films présentés scrute avec attention les vestiges de ces rapports qu’il est aujourd’hui nécessaire de réactiver et de réanimer. Il est ainsi question de communications empêchées (Larry Caveney), de mondialisation (Alysse Stepanian, Samba Fall), de sentiments troublés (Nadiah Shazana, Michael Baastrup Chang), de spiritualité (Glenn Church, Masha Yozefpolsky), de solitudes (Grace Kim, Hermelinde Hergenhahn), de souvenirs (Elastic Group, Xavier Gautier), d’abstractions sensorielles (Fernando Velasquez). 

 

Au centre de ces quêtes amoureuses, les corps traduisent une profonde détresse, personnelle et collective. Ils sont prostrés, échoués (Hervé Penhoat), souffrants (Charlotte Merino), expressifs (Pier Giorgio de Pinto & Franko B.), inanimés, dévorants (Alicja Rogalska), ardents (Isidora Ficovic), sensuels (Laurent Fiévet, William Esdale), abandonnés (Simone Stoll), entourés (Tristan Mory), utopiques (Ulf Kristiansen) ou encore désespérés (Irina Gabiani). L’amour, au sens le plus infini du terme, traverse les corps et s’exprime chaque fois différemment. Nous nous confrontons à autant de sentiments que de situations et d’individualités.

 

La danse joue un rôle important dans cette recherche d’atteindre l’Autre. Danser face à la foule, aux éléments (Wai Kit Lam, Michael Douglas Hawk), à soi même, à la nature (Neven Allanic), aux ombres. Danser, mettre son corps en mouvement et communiquer inlassablement. Danser pour résister et ne pas céder au vide. Danser pour se jouer des clichés, des standards et des normes. Ici, danser devient une action de survie, de renouvellement et de persistance. Par le biais de performances, les artistes exécutent des chorégraphies fragiles, frustrées et intimes. Ils procèdent chacun à leur manière à différentes relectures des habitus sociaux, des sentiments, des contradictions et des impossibilités dus au monde actuel. Ainsi, les codes sont déconstruits, détournés et critiqués au profit d’une conscientisation d’un individualisme prégnant.

 

Si Time is Love.5 dresse un sombre portrait des sentiments humains, des lueurs d’espoirs résident, résistent malgré tout. Si aujourd’hui le temps est synonyme d’argent, Time is Love s’emploie à détourner les regards vers des valeurs plus essentielles afin que le temps puisse rimer avec celui de l’amour, du rassemblement et du lâché prise. L’amour en tant que sentiment universel s’extirpe ici des clichés traditionnels et d’un idéalisme intemporel. L’amour est exprimé de manières déconcertantes, troublantes, subtiles et riches. Il est décliné, scruté et traduit avec profondeur et intensité, à l’image de la complexité du genre humain.

Julie Crenn